Egnonam: le retour aux cheveux naturels est une affirmation d’identité.

Aujourd’hui, nous accueillons notre première contribrutrice: Egnonam Dongo! Bonne lecture!

« Oh ils sont beaux tes cheveux puis-je les toucher? Mais ils étaient longs hier tes cheveux, mais là ils sont courts! tu leur as fait quoi? Tu as différents types de coiffure tout le temps, ça ne te revient pas cher? Ce sont tes vrais cheveux ? Est-ce que c’est bien vu quand moi une blanche je fais des tresses africaines? »Je crois que pratiquement toutes les nappies ou femmes noires ont déjà eu ce genre de questions. Pour ma part, elles m’ont permises d’engager des discussions à travers lesquelles j’explique mon identité culturelle.

Que je suis impolie de ne pas me présenter avant de commencer par raconter mon histoire. Je m’appelle Lynda, euh non Egnonam je voulais dire (je préfère maintenant qu’on utilise mes prénoms africains). J’ai pratiquement eu des cheveux courts toute ma vie parce que je pleurais à chaque fois qu’on me peignait, me tressais. Ma mère était juste fatiguée de supporter mes caprices. Alors, après avoir fait des tresses un mercredi soir, je pleurais encore à table le matin parce que j’avais mal. Exaspérée, ma mère avait décidé de passer son ciseau dans mes cheveux ce matin-là, alors que je n’étais qu’en classe de CE1. Ainsi, depuis ce temps, j’avais des cheveux courts (aujourd’hui merci maman de m’avoir appris à aimer mes cheveux naturels et courts). Après mon diplôme d’études secondaire, j’ai décidé de laisser pousser mes cheveux, mais j’ai choisi de les défriser parce qu’ils étaient considérés beaux, moins de tracas, facile à peigner contrairement à mes cheveux naturels quand j’étais petite. Je faisais souvent aussi des tissages, de préférence les lisses, car ils reflétaient la modernité et plus encore étaient à la mode. J’avais des brûlures, voire des plaies dues aux produits défrisant, mais je continuais à les utiliser. Puis, en 2015, je suis arrivée au Canada. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé par comprendre la nécessité d’embrasser ma culture africaine sur toutes ses formes. Mes cousines ou des amies qui étaient des nappies m’invitaient à faire le Big Chop, mais j’étais une antie-nappy à cette époque comme le qualifierait Dalila dans son récent article. C’est bien beau les cheveux naturels, mais trop compliqués pour ma personne. Je suis en partie comme AWA dans le dernier article de Mina. Alors en novembre 2017, après une grande période de réflexion et de procrastination, j’ai décidé de faire le BIG CHOP et je suis devenue une nappy passe-partout. J’ai mes cheveux naturels, mais j’altère avec les tresses et j’ai pratiquement banni les tissages.

Que signifie pour moi les cheveux naturels et pourquoi les tresses et pas les tissages comme moyens d’alternance ?

 Le retour aux cheveux naturels m’a non seulement permis d’embrasser ma culture africaine, mais aussi de l’aimer encore plus. Cela m’a donné une opportunité de m’exprimer.

Vous voyez toutes ces questions mentionnées plus haut, au lieu de les ignorer, au contraire, je m’en suis servi pour engager de longues et intéressantes discussions sur les cheveux naturels , d’expliquer l’importance des cheveux naturels dans l’affirmation de mon identité afro, car le cheveu crépu vient du fait qu’on est noir. Le porter est ma façon d’affirmer mon identité culturelle, de montrer qu’on est belle avec les cheveux crépus. Cela m’a aussi donné l’occasion de clarifier certains préjugés reçus comme le fait que les noirs ont tous la même couleur de cheveu ou que les cheveux naturels ne poussent pas très vite, qu’ils sont sales, ingérables ou le fait qu’il existe plusieurs types de cheveux. Alors, quand on voit les mouvements Black Power : Black is beautiful, ça ne donne qu’envie de vouloir embrasser sa culture.

Le choix des tresses pour leur représentation au sein la culture africaine. Les tresses servent à transmettre l’histoire en Afrique, mais elles sont aussi figure de représentation.

En Égypte antique, elles étaient portés par les gens appartenant à la famille royale : so we are royalties. Quand elles se répandaient en Afrique noire, elles servaient de différenciation de rang social, de caste et aussi d’évènement social comme le mariage ou le décès. Mais bien avant cette généralisation des tresses, quand on fait un petit retour à l’époque coloniale. Durant cette époque, les tresses étaient utilisées pour relayer des messages parce que les maîtres comprenaient les langues des esclaves. Pour signaler qu’elles voulaient s’échapper, elles faisaient des tresses nommées « départes », tresses épaisses, serrées étroitement sur le cuir chevelure et étaient nouées en chignons au-dessus. Par ailleurs, les tresses nattées courbées étroitement sur leur tête représentaient les routes qu’elles devaient emprunter. Faire des tresses aujourd’hui revient à honorer nos ancêtres qui sont passés par tous les moyens pour lutter contre l’esclavage. Elles nous permettent de ne pas oublier leurs efforts, de communiquer notre fierté, la liberté de l’oppression.

De plus, le retour aux cheveux naturels m’a permis de pouvoir supporter les commerces africains, en allant acheter mes produits de soins capillaires chez eux. C’est aussi ma manière de contribuer.

Nous sommes dans une époque où plusieurs de nos prédécesseurs ont lutté pour que nous puisions affirmer notre identité culturelle, de pouvoir être capable d’être nous même, alors il est important d’embrasser ce cadeau des générations passées, de s’en servir pour sensibiliser les générations actuelles et futures.

Afro bises comme le diraient Dalila et Mina

 

Egnonam, 

Contributrice pour Afro Ko

2 réflexions sur “Egnonam: le retour aux cheveux naturels est une affirmation d’identité.

  1. Très bel article Enyonam, je suis revenue au naturel il y a 5 ans et pour rien au monde je ne changerais mon choix. J’adore mes cheveux. Je fais ce que je veux des mes cheveux afro. Quand je passe dans la rue j’attire beaucoup de regard. Mes collegues blanches envient beaucoup mes cheveux. Cest fou! Et dire que je voulais avoir les cheveux comme elles à une époque de ma vie!! ( aaah)
    Mes cheveux représentent mes racines profondes. Je suis noire, j’ai une crinière afro, je suis sublime (point final) !

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