Cheveux crépus en Afrique: révolution ou effet de mode?

Nous assistons depuis quelques années à un retour aux cheveux crépus chez les femmes noires et métissées dans le monde. Si ce mouvement commence au courant des années 2000 aux États Unis, et se répand en Europe, il arrive un peu plus tard en Afrique. À travers ce mouvement qualifié de politique, les femmes afros revendiquent leur identité culturelle au nom de la liberté. L’impact s’avère immense dans les pays occidentaux dans lesquels résident une forte communauté afro et une diaspora africaine révoltée. Cependant, qu’en est-il de la situation en Afrique? Ce mouvement représente-t-il un effet de mode ou une révolution à part entière sur le continent?

Chimamanda Ngozi Adichie

Alicia Keys, Oprah Winfrey, Solange Knowles, Chimamanda Ngozi Adichie, voilà des femmes qui ont très tôt affirmé leur identité capillaire, poussant les femmes afros à assumer leur touffe. Pour revenir brièvement sur le passé, la mode afro a été mise à l’écart depuis la fin du mouvement des Blacks Panthers en 1960 et des années disco. Tombé à l’oubliette, le défrisage devient à la mode et le cheveu lisse se transforme au fil des années, en standard de beauté.

Le mouvement Nappy (Natural and Happy) prend son véritable envol au courant des années 2000. Une nouvelle politique de valorisation et d’émancipation de la femme noire voit le jour. Les activistes se réveillent, des blogueuses s’affirment, des entrepreneurs sautent sur l’occasion pour créer de la richesse en proposant des produits adaptés à ce type de cheveux. Bref, c’est l’éveil des consciences.

“En Afrique, la coiffure était une activité pendant laquelle se transmettait l’histoire des généalogies aux enfants, et bien d’autres traits de leur culture”

Juliette Smeralda

Pourtant en Afrique, la situation semble beaucoup plus complexe. Comme le pense la sociologue martiniquaise Juliette Smeralda, les Africaines font face à des contraintes sociales différentes, ce qui rend plus complexe leur retour au naturel. À travers son ouvrage Peau noire, cheveu crépu: L’histoire d’une aliénation (Éitions Jasor, 2005), l’auteure parle du retour au naturel des femmes afros, en abordant l’émergence des “nappies” en Afrique. Historiquement parlant, les femmes africaines pratiquaient l’esthétique adaptée à leur culture et leurs cheveux afros. C’est lors de la déportation et l’envol pour des horizons lointains dans lesquels elles étaient dépourvues des accessoires nécessaires à la réalisation de leur coiffure et le manque de temps qu’elles se sont tournées vers le défrisage.

Juliette Smeralda

“Le modèle de beauté qu’on vend aux femmes du continent n’est pas africain”

Juliette Smeralda

Le modèle occidental joue un rôle majeur sur le désamour des femmes africaines face aux cheveux crépus. Même si des mouvements se développent par des femmes décomplexées qui ont accès aux réseaux sociaux, il s’agit d’une identité nouvelle non pratiquée par toutes. Eh oui, il existe une panoplie de type de nappy, avec des conceptions et appropriations différentes du mouvement. Parlons de ces trois principales catégories:

  1. Les nappies extrémistes: aah celles-là! Elles ne jurent que par leurs cheveux et critiquent celles qui ne portent pas leurs afros au quotidien. Pour elles, ce sont les cheveux afros ou rien!
  2. Les nappies passes partout: celles qui décident de bannir le défrisage, mais d’alterner entre cheveux afros et coiffures protectrices. Elles adoptent souvent des tresses, des tissages ou des perruques.
  3. Les anti nappies (au fond, avouez que voulez avoir de beaux cheveux afros! hahaha!): celles qui ne veulent pas entendre parler de nappy (cheveux crépus la c’est trop compliqué pardon!), alors qu’elles n’ont jamais vraiment essayé.

Entre ces trois catégories, il existe des sous-catégories. Chaque femme a son problème et sa manière bien précise d’être. C’est ça qui fait la beauté de la communauté!

Il faut aussi souligner que cette hétérogénéité rend le débat encore plus complexe: pendant que certaines s’engagent dans une bataille identitaire, d’autres ne voient que l’esthétique et ignorent tout l’aspect révolutionnaire qui se cache derrière, sans oublier ces personnes qui n’y voient que du bla-bla. Quelle est la réelle conception du retour au naturel par les africaines? Aussi bien celles qui sont connectées que celles qui vivent dans des espaces plus reculés? La question se pose t-elle réellement pour elles? Que pensez vous du retour au naturel? Un effet de mode ou une révolution en Afrique? Quelle est votre expérience?

Voilà un bon paquet de questions pour cette journée (rires). Je termine avec des Afros Bises! Oui, je vous fait des bisous, cette fois aromatisés au beurre de karité!

Dalila

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